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Ella Powel

« Le cimetière »

« Nous habitions près du cimetière. J’empruntais à vélo, pour aller à l’école, le chemin qui le borde et surplombe une prairie cernée d’imposants peupliers. A pied, je préférais traverser cet espace étrange, tout aussi inquiétant qu’accueillant, tout aussi inconnu que familier. J’en connaissais les lumières et les ombres.

Je souriais en jetant un œil au monument aux morts, dont le coq m’a toujours paru inutilement hautain. Je souriais de la prétention des tombeaux des familles  riches. J’étais ému par la modestie des anges sur la tombe des enfants, par les fleurs qui se fanent, par les humbles décors du coin des indigents ; parfois je prenais le temps d’imaginer ces vies qu’une simple soustraction permettait d’évaluer. Certaines tombes portent mon nom de famille, et l’une abrite le corps de l’oncle assassiné, frère aîné de ma mère, dont l’histoire a accompagné mon enfance.

De la fenêtre de ma chambre, je pouvais regarder passer les enterrements. Le ridicule du curé en soutane et des enfants de chœur, le ridicule des musiciens de l’harmonie municipale et leur marche lancinante, tout cela me semblait si vain, si éloigné de l’inquiétude et de la peur qu’à mes yeux de gamin la mort inspirait. »

Jean-Louis Chapellier

La mort

2010

Photographie : ©  Ella Powel

Paradis version Polaroid

Drame

« C’est à partir de ce constat, d’une simplicité quasi violente, que je voudrais construire ma réflexion : avoir un enfant handicapé est un drame, injuste, incompréhensible, inacceptable.

Injuste et scandaleux : car il est scandaleux qu’un être humain soit blessé, diminué, il est scandaleux qu’un enfant souffre. Je pense à ce beau texte du philosophe Marcel Conche (1974) : « La souffrance des enfants comme mal absolu ».

Inacceptable : « Le handicap, disait Jeanine Chanteur (1986) témoignant de son expérience de mère lors d’un congrès à Fribourg, est un malheur pour l’enfant, pour sa famille et pour la société qui tente d’apporter son aide. »

Inacceptable : une enquête (Suelze & Keenam, 1981), menée aux Etats-Unis auprès d’environ trois cents familles d’enfants handicapés, nous confirme que n’apparaît pas, dans la plupart des cas étudiés, une acceptation progressive de la gravité du handicap par les parents ; simplement, ce qui évolue, c’est l’acuité de leur connaissance des limites de l’enfant. »

Jean-Louis Chapellier

Approche de l’interaction famille-institution

1989

Photographie : © Sarah Cancelotti